Une vie « normale » à Alger

LES SIGNES DU « ZODIAC »

nmharraga.jpg

Je suis né sous le signe du BELIER, le premier jour d’un printemps froid des années quatre-vingt. Un jour annonçant des beaux jours de printemps, en tout cas, pas me concernant. En effet, mes jours allait être tout sauf printaniers. Bien au contraire, point de rayon de soleil pour illuminer mes jours, point de cette douce musique des chants des oiseaux, pour me réconforter pendant mes sombres semaines. Mais étant jeune, je n’ai jamais été défaitiste. Au contraire, je ressentais au fond de moi une énergie sans limites, une aura incommensurable, une force de TAUREAU. Mais au fur et à mesure, j’allais être achevé à coup de bâtons dans les roues et de rêves brisés, tel un taureau dans une arène de corrida, recevant les derniers coups de sabre du matador. Et à cette fougue de jeunesse allait rapidement se substituer une douleur profonde et croissante. J’ai mal. Des maux. GEMEAUX. Une affliction qui m’habite depuis des années déjà et qui allait anéantir petit à petit mes rêves les plus banals. Mais aussi alimenter mes rêves d’évasion. C’est normal quand  sa vie se limite à un travail routinier mal payé, sans le moindre loisir à côté. Et surtout quand on frôle la trentaine et que l’on n’a aucun projet pour l’avenir, aucune ligne directrice à suivre dans sa vie, une vie au jour le jour. Cette douleur atroce que je ressens, c’est comme un CANCER. Malin, qui métastase de jour en jour, n’épargnant aucun recoin de mon être. Mais un cancer « psychologique », car je suis encore jeune et en bonne santé. Peut-être suis-je dépressif, peut-être même schizophrène, je ne sais pas. Je n’ai jamais consulté de psy dans ma vie pour le savoir. Pourtant, cette douleur, je veux la crier, la rugir comme un LION. Les choses que je veux crier, elles sont nombreuses. D’habitude, pour me délester de ce fardeau, je prends un stylo et des feuilles de papier VIERGE, sur lesquelles je note des mots, mes maux. Des centaines, voir des milliers de feuilles que je jette au fur et à mesure qu’elles s’encombrent sur mon bureau. Pourvu qu’elles ne s’encombrent pas dans ma tête. Mais c’est fini. Aujourd’hui, je veux à tout prix me confier à quelqu’un. A Qui ? Consulter un psy au risque d’être pris pour un aliéné. A ma famille, ce n’est pas de coutume de le faire en Algérie, surtout quand on est un homme. Alors ma fiancée. Une réelle chimère pour le célibataire endurci que je suis. Reste les amis. Je n’en ai que très peu. De plus, pourquoi irai-je me confier à eux quand de leur côté, ils ne le font jamais ? Surtout au risque de voir mes secrets connus de tout le monde. A qui peut-on réellement faire confiance ? Qui est une BALANCE et qui ne l’est pas ? Nul ne peut le savoir, car au fait, on ne peut être trahi que par des amis, vu que l’on peut « difficilement » l’être par un ennemi. Des trahisons qui viennent s’ajouter aux déceptions et qui font encore plus mal. Car, des fois, on est trahi par les personnes auxquelles on fait le plus confiance. Et quand ça nous arrive, on reste pétrifié, comme atteint de paralysie suite à une piqure de SCORPION, après que le poison ait commencé à faire effet. Mais que peut-on attendre de cette vie, quand on est relégué au second rôle ? Dans ma vie, je suis un acteur passif qui ne fait que la subir. Une sorte de cible devant des archers, des SAGITTAIRES, arcs armés, n’attendant qu’un mouvement de ma part pour me tirer dessus. En lisant ces lignes, vous vous dites que je suis suicidaire. Bien au contraire, je suis encore optimiste. N’oubliez que je ne suis pas de nature défaitiste. Et aujourd’hui encore moins, car j’ai décidé de prendre mon avenir en main. De voir plus loin. Le plus loin possible vers le nord. Objectif : S’éloigner le plus du sud, loin de cet hémisphère Sud damné et de son tropique du CAPRICORNE. Distancer l’équateur et même le tropique du Cancer. Aller loin, très loin même. Voir d’autres cieux, d’autres personnes. M’évader, le seul espoir qui me reste. 150.000,00 D.A, tel est le prix de cet espoir, une place dans un zodiac qui doit quitter la rive demain à l’aube. C’est mon dernier soir ici. Je ne l’ai dis à personne, même pas à ma famille. Assis sur le VERSEAU de mon immeuble, je contemple les derniers rayons crépusculaires du soir qui s’estompent, laissant place au ciel noir de la nuit. Je réfléchis à demain. C’est risqué. Mais la météo s’annonce bonne. La mer sera calme. Du moins, je l’espère. Je ne me fais pas d’illusion : De l’autre côté de la mer, ce ne va pas être facile aussi. Mais avec un quotidien où jamais rien ne se passe, c’est le moment d’y remédier, de partir à l’aventure. Ça sera mon odyssée personnelle. Et puis, Ulysse l’a déjà fait. Et peut-être même qu’une douce Pénélope est en train de m’attendre, de l’autre côté. Après tout, moi aussi, je suis resté patient pendant plus d’un quart de siècle, plus qu’Ulysse même. Au risque de passer de Charybde en Scylla ou même de finir dans l’estomac d’un POISSON, juste pour éterniser cet ultime espoir, ce risque là, je suis prêt à le prendre, demain matin, à l’aube.

Amine B.

28 septembre, 2009 à 14:55 | Commentaires (0) | Permalien


Des filets. Défilé. Défie-les

dfil.jpg

23H25 : « 58ème minute. Sur une belle passe de Ziani, Matmour déborde sur le flanc droit et arrive à centrer. Saïfi surgit et sur une belle reprise de volet, il arrive à mettre le ballon dans les filets et marquer ainsi le premier but de la rencontre qui oppose l’équipe nationale à celle de Zambie ».  Des cris éclatent au même moment dans la capitale, cette dernière étant depuis plus d’une heure noyée dans un profond silence.

00H02 : « Dernière balle du match. Et enfin, l’arbitre mauricien de la rencontre siffle la fin du match sur une victoire de l’Algérie sur la Zambie par un but à zéro ». C’est un grand brouhaha qui se fait entendre à travers toute la capitale, un fond sonore constant qui hante les rues d’Alger, des rues désertées depuis plus de deux heures. Et puis, c’est les premiers bruits de klaxon qui commencent à se faire entendre, en même temps que les rues se remplissent de monde. En l’espace de quelques minutes, les ruelles d’Alger sont truffées de monde, et ce n’est plus un fond sonore que l’on entend, mais bel et bien un tapage tous azimut : Des pétards éclatent un peu partout, des chants et des cris vont dans tous les sens, et une cacophonie de klaxons s’instaure dans les rues, plongeant ainsi la capitale dans le chaos le plus absolu. Et le comportement des automobilistes en est pour beaucoup. En effet, des voitures bondées de personnes bloquent toutes les routes d’Alger : comme m’a dit Adel, le patron du café de mon quartier, la devise des Algérois après un match de foot est simple : « Défie-les autorités, sous prétexte d’un défilé, pour un ballon dans des filets ». Et quand j’emploie le mot « chaos », c’est vraiment peu dire. Sous les yeux des autorités concernées, les automobilistes se permettent tout et n’importe quoi : des personnes sur les toits des voitures, dans le coffre qui est ouvert, des jeunes sortant des fenêtres, des voitures qui zigzaguent dans tous les sens les feux de détresse allumés, les bandes d’arrêt d’urgence des routes de la capitale toutes bloquées, des camions et des bus conquis par des jeunes surexcités. Une sorte de procession païenne (celui qui a dit que le foot était une drogue, ne s’était pas trompé), une hystérie collective des plus effrayantes et une anarchie généralisée, et ce au vu et au su de tout le monde, en particulier les autorités compétentes qui ne daignent guère intervenir.

00H30 : Premiers accidents de la circulation, et déjà, quelques voitures défoncées, résultant sur les premiers morts et blessés de la soirée, ces derniers ne tardant pas à joindre ceux qui les ont précédé vers l’au-delà, du fait qu’à ce moment là, il est quasiment impossible d’évacuer un blessé vers l’hôpital. Causes principales : les routes bondées, les bandes d’arrêt d’urgence bloquées, et le fait qu’il y ait une confusion générale, vu que toutes les voitures ont leurs feux de détresse allumés. Et ce carnage « festif » va continuer jusqu’à tard dans la nuit.

04H08 : les rues et les routes sont quasiment vides et silencieuses et seules quelques voitures continuent à défiler. Les choses commencent à reprendre leur cours normal. La fête est finie. Bilan : 12 morts et 45 blessés.

Drôle de manière de faire la fête ! Il ne faut pas s’éclater (faire la fête) au sens propre du mot (se « péter » la gueule). La fête, c’est avant tout, la joie. Hélas, pour beaucoup, cette fête s’est conclue par un deuil. Alors, comment interpréter tout cela ?

En premier lieu, il faut savoir qu’il n’y a aucune relation entre les défilés et le foot où un sens de patriotisme enfouie au fond de chaque jeune, qui se déclencherait subitement après un match gagné par l’équipe nationale. Au contraire, souvent, des jeunes qui ne savent même pas de quoi il s’agit, défilent avec leurs amis. Cependant, ceci nous renseigne sur un malaise bien plus profond. Notre capitale manque cruellement de loisirs et les jeunes ont rarement l’occasion de s’amuser, de se défouler ou d’exprimer leurs sentiments. Donc, dès que l’occasion se présente, ils l’exploitent pour faire tout et n’importe quoi : Mis à part les jours de match, rares sont les soirs où la capitale est animée et en générale, cette dernière sombre dans un profond sommeil, dès que les dernières lueurs du jour commencent à s’estomper.

En second lieu, le sens du patriotisme. Il ne suffit pas de brandir un drapeau pour prouver que l’on soit une personne qui croit en sa patrie. Ce n’est ni une condition nécessaire, ni suffisante. Bien au contraire, le sens du patriotisme doit être toujours présent au fond de chaque personne ; toujours présent et pas occasionnellement, lors d’un match de foot et l’exhibition aléatoire d’étendards ne va guère dans ce sens.

Enfin, c’est au moment où les autorités ont durcis les lois du code de la route, que ces dépassements sont constatés. En fermant les yeux devant de tels débordements, même occasionnels, il sera très difficile aux autorités de faire respecter le code de la route avec la fermeté dont il se doit et le carnage routier ne s’arrêtera pas d’aussitôt, même avec des condamnations aussi lourdes que la prison à perpétuité, surtout quand on sait qu’au-delà des bakchichs et des « interventions », un simple drapeau brandi, donne le droit aux automobilistes d’outrepasser toutes les lois.  

Amine B.

13 septembre, 2009 à 23:06 | Commentaires (0) | Permalien


EL QAHWA II

elqahwa2.jpg

L’année dernière, comme le commun des algériens,  j’ai passé mes vacances en Tunisie, un pays qu’affectionne particulièrement les algériens, car d’une part, pas cher : passer ses vacances en Algérie est excessivement onéreux, surtout en rapport qualité/prix ; et d’autre part pour la sécurité et les infrastructures qu’offre le pays à ses hôtes. Sincèrement, la Tunisie n’est en aucun cas un pays exceptionnel : dès qu’on sort des zones touristiques (il y a même des plaques qui stipulent « zone touristique », pour orienter les touristes et leur éviter de se retrouver dans des coins miteux), on constate très rapidement que ce pays n’est pas du tout un éden et que l’Algérie est un pays beaucoup plus beau que ce pays voisin : dommage qu’il ne soit pas exploité à bon escient. Ceci-dit, en arrivant aux frontières algériennes (poste frontière d’Oum Ettboul), le poste frontière était vide, vu qu’on était au début du mois de juillet. J’y accède pour régler les formalités qui s’imposent et en espace de 30 minutes, ces dernières étaient conclues. Je prends place dans mon véhicule et je démarre. Quand soudain, le monsieur qui avait tamponné mon passeport,  surgit du poste en courant pour m’arrêter. Je m’arrête et j’ouvre la fenêtre.

-          Monsieur,  est-ce que vous avez eu des problèmes au niveau du poste ? me dit-il.

-          Non, ça s’est passé très bien,  « Kho », lui ai-je répondu  en me disant que c’était sympa de sa part de penser à mon bien.

-          Donc, ça c’est bien passé, c’est sûr, réplique le monsieur.

-          « El Hamdou Lah ya Kho », ça n’a duré que une trentaine de minutes.

-          Ou « Qahewti » (mon café) dans tout ça ? me lance-t-il.

« Qahewtou » ? me suis-je dit.  Alors, je lui lance en toute naïveté :

-          Quoi ?

-          Qahewti kho. Ça c’est bien déroulé pour toi, non ? me dit-il.

-          Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, je n’arrive pas à comprendre ce que vous dites !!

Alors, ce monsieur, furieux, est parti.  Mais que voulait bien dire ce monsieur par  « mon café » ? Est-ce que ce monsieur possède un café et a des ennuis avec ce dernier ? Ou peut-être qu’il voulait boire un café et n’en avait pas les moyens ? Mais comment pouvais-je lui offrir un café au poste frontière ? A ma connaissance, il n’y a pas de cafés dans les parages ! Bref, c’était la première fois que j’entendais cette formulation du mot « Qahwa». Mais ce ne sera pas la dernière. En effet, quelques mois plus tard, en allant à la mairie retirer mon extrait de naissance N°12, la personne au guichet me dit qu’il faut attendre deux jours pour l’obtenir. « Deux jours ? C’est trop, monsieur, j’en ai besoin pour demain » lui ai-je dit. Il me répond : « C’est pas possible, monsieur, Hada Houwa El Qanoune ». Alors, un monsieur qui faisait la queue juste à derrière moi, me dit : « Rahou y Hawesse âla Quaehwtou (il  est à la recherche de son café), c’est tout ». Le soir même  après avoir pris place dans le café du quartier, je raconte au « Qahwadji », l’expert attitré en café, ces histoires en lui demandant ce que cela voulait bien dire. Il me répond alors : « mais t’es naïf toi ! Ils t’ont demandé des cafés, c’est normal Kho. C’est partout comme ça en Algérie, où que l’on aille, on nous demande des cafés : Tu veux obtenir ta carte grise rapidement, tu veux acquérir un appartement, un terrain, un crédit, ouvrir une société et plein d’autres choses, alors « El Qahwa » s’impose d’elle-même. C’est comme ça. Par exemple, me concernant, pour obtenir un crédit pour ouvrir mon café, j’ai dû payer pas moins de vingt briques en café. Aujourd’hui, « El Hamdou Lah », j’en vends, des cafés. T’as compris, Kho. « El Qahwa », c’est quelque chose de Normal. Où que tu ailles, tu es obligé de payer des cafés. En bref, tous les algériens sont des Qahwadjiya en herbe : des « graines » de «Qahwadjiya».  Depuis cette conversation, je suis passé à mon électricien auto et ce pour installer une machine à café dans ma voiture. Puisque tout ce fait via des cafés, il vaut mieux être équipé pour. De cadre, je suis devenu aujourd’hui une sorte de vendeur de café ambulant.  Je me demande même comment les concessionnaires n’ont pas encore songé à importer des voitures équipées de série de machines à café. Enfin, une chose me trotte encore dans la tête : puisque toute chose ne se concrétise que via des cafés, pourquoi utilise-t-on encore la monnaie, les chèques et essayons-nous de moderniser le système bancaire ? Au contraire, il vaut mieux revenir au troc avec comme unité de mesure de base, la tasse de café. Ainsi, on pourra mettre fin à ce capitalisme sauvage qui dirige le monde, où c’est les grands magnas de la finance qui tirent les ficelles. Cependant,  gare aux lobbies du café !!!!! Vive « El Qahwa » et vive la « Qahwacratie ».

Amine B.

13 septembre, 2009 à 23:03 | Commentaires (0) | Permalien


« EL QAHWA »

nmkahwa.jpgUn élément essentiel dans la vie de l’algérien(ne), une composante à part entière de son quotidien, un lieu indissociable de son bien-être, une entité constitutive de son existence : c’est bien sûr d’« El Qahwa » dont il s’agit. En algérois, le mot « El Qahwa » a plusieurs significations : il peut signifier la graine, ou bien la poudre issue de la graine moulue, ou encore la boisson préparée à base de cette poudre dont l’algérien(ne) ne peut se passer, ou encore le lieu où l’on déguste cette boisson « existentielle » ; sinon, « El Qahwa » peut exprimer un repas comme le petit déjeuner ou le goûter ou bien le fait de consommer quelque chose dans l’enceinte d’un café (le lieu bien sûr, vous vous imaginez consommer quelque chose dans une tasse de café !!). Nous allons essayer dans cette chronique d’analyser « El Qahwa » sous ses différentes facettes.

« El Qahwa » comme repas : dans la vie courante, quand on invite quelqu’un à boire un café ( « aya n’rouhou necherbou qahwa », « aya n’dirou fiha qhawi » et autres formulations qui existent), on n’est en aucun cas obligé de commander des cafés : En effet, après une invitation de ce type, on peut constater que ces personnes, en arrivant au café, peuvent commander autre chose qu’un café : il peuvent prendre un Coca, un Selecto, ou une tasse de thé. Un fait contradictoire par rapport à l’objet de l’invitation, mais c’est comme ça. Même les mots « Qahwa » et son équivalent en langue française (café), ont été « verbisés » (ont été transformés en verbes) et les verbes « Nes’qahwaw » et « Nes’tcafaw » sont souvent utilisés par les algérois. Parfois, on peut même entendre d’autres formulations de ces deux mots, sous forme de noms propres qui désignent l’action de boire son café : « S’tqahwadje » ou « S’tcaffadje ». En bref, toutes ces formulations sont fausses, et il serait plus juste de dire « on va boire quelque chose », ou en algérois « aya n’rouhou necherbou h’wayedje » (le mot « H’wayedje » dans ce contexte veut dire « trucs », à ne pas confondre avec le mot « habits » !!).

« El Qahwa » comme boisson : c’est de loin la boisson la plus consommée en Algérie. L’algérien ne peut se passer de café. Comme la signature d’un artiste sur son tableau, l’algérien naît en portant de l’affection pour cette boisson. Déjà, tôt le matin, les cafés de la capitale sont bondés et les algériens en général, commandent directement un café. Ensuite, ils en commandent un second « à emporter » qui les accompagne durant leur trajet au boulot : La personne qui a eu la présence d’esprit d’importer les « portes-gobelets pour voitures» doit être aujourd’hui multimilliardaire. Et à longueur de journée, les algériens enchaînent un café après l’autre et ce jusqu’à tard le soir. Toute occasion est la bienvenue pour prendre un café. Des fois, ce dernier sert d’alibi aux employés pour ne pas travailler et durant toute la journée, des pauses café  impromptues sont prises par les fonctionnaires. Aussi, tellement cette boisson tient une place cruciale dans la vie des algériens, on dit même à Alger que la personne qui prend son café accompagné d’une cigarette, est mieux qu’un sultan dans son palais (« Qahwa b’garrou khir mes’soultane fi darrou »). En bref, plus qu’une boisson, le café est pour l’algérien, une sorte de sérum physiologique, une molécule qui doit toujours être présente dans son sang. Plus qu’une drogue, le café est à l’algérien ce que l’eau est à l’homme. Cependant, sa consommation abusive est en grande partie responsable de la surexcitation qui caractérise les algériens, qui à un âge avancé, sont souvent hyper-tendus. Alors svp messieurs, allez-y mollo avec le café (je devrais faire de même, aussi !!).

« El Qahwa » comme lieu : « El Qahwa » comme lieu, désigne les cafés populaires d’une part, et les salons de thé d’autre part. En effet, il n’y a pas une grande différence entre ces deux endroits : le Salon de thé est un café populaire moins sale, où l’on paye son café dix fois plus cher et où a contrario du café populaire, on trouve des femmes. Donc, quand on parle d’« El Qahwa »  comme lieu, ce terme désigne ces deux endroits pour les hommes et seulement le salon de thé pour les femmes. Pour les algériens, « El Qahwa » est lieu très important. Déjà, en premier lieu, c’est l’endroit où l’on peut déguster sa boisson préférée. En second lieu, « El Qahwa » est un lieu de rencontre : toute la journée pour les chômeurs, et le soir pour les actifs. On se rencontre, on se parle, on « remplit les bouteilles », « on déchire les personnes », on discute de politique, de ses problèmes, de son boulot, de football…On se confie, et des fois, « El Qahwadji » fait même office de « psy ». En troisième lieu, « El Qahwa » est le loisir préféré des jeunes : un espace de jeux (les jeunes y jouent souvent des parties de domino ou de cartes) et aussi un lieu où l’on se réunit pour voir un match de football en groupe. En quatrième lieu, « El Qahwa » est un lieu de sortie et les jeunes couples en général n’ont guère le choix que de se ruer vers les salons de thé : pour être à l’aise et pour discuter en toute liberté avec sa bien-aimée, c’est le meilleur endroit qu’on trouve en Algérie. Enfin, « El Qahwa » (et plus précisément le salon de thé) est une sorte de fumoir pour les femmes : en effet, c’est le seul lieu en Algérie où l’on peut voir une femme fumer.

Vive la café et vive la « qahwacratie ».

Amine B.

31 août, 2009 à 5:46 | Commentaires (0) | Permalien


Ramdane Forever

01journalletempsdalgerie21septembre2008dimanche.jpgJe suis né à Hussein-dey, à l’hôpital Parnet et depuis toujours, je vis à Leveilley (El Magharia). Je suis le benjamin d’une famille très modeste de douze frères et sœurs, et seul mon père travaille : un chauffeur de camion à la mairie. Une famille très modeste dont le slogan était : EL BARAKA FEL QLIL. Mes frères et sœurs ont tous fait des études, y compris moi, des études que j’ai commencés à l’école primaire du quartier à l’âge de six ans. En 1986, j’ai obtenu ma licence de psychologie à l’université d’Alger et jusqu’en 1989, j’ai « tenu les murs » de mon quartier. Après des années de recherche d’emplois infructueuses, mon père qui n’arrivait plus à joindre les deux bouts tout seul, m’a dégoté un travail à la mairie : en arrivant au boulot, le premier jour, le responsable m’a demandé ce que je savais faire. « Licencié en psycho » lui répondit-je. « Donc, tu sais lire et écrire : j’ai le poste qu’il te faut » me lança-t-il. Et depuis, je travaille à la mairie comme agent. Des extraits de naissances, des fiches individuelles, j’en ai rempli des centaines de milliers. Des documents, j’en ai « légalisé » des tonnes. Mon amour de jeunesse, H’lima, n’a pas pu m’attendre et s’est mariée avec le premier venu. Mon premier chagrin d’amour ; mais je me suis fait très vite une raison, et après plusieurs années de recherche de logement vaines, je me suis résigné et j’ai commencé à construire ce qui me servira de « niche » dans le jardin de la maison familiale. Et brique après brique, j’ai fini par construire mon habitation. Et quelques finitions plus tard, j’ai demandé à ma mère de me chercher une femme : chose qui s’est très vite concrétisée car quelques semaines plus tard, j’étais mariée à Zohra.

Aujourd’hui, j’ai quarante cinq ans. Je suis père de 5 enfants et je travaille toujours à la mairie. Il est midi, mais aujourd’hui, il n’y a pas de pause déjeuner, vu que l’on est en plein mois de Ramdane. Il fait très chaud et je transpire abondamment. Beaucoup de gens se plaignent de ce mois sacré et trouvent en lui le prétexte de ne pas travailler : « la chaleur mélangée à Ramdane : impossible de travailler » disent-ils. Mais de mon côté, je n’arrive pas à les comprendre. En effet, même hors Ramdane, je ne prend jamais ma pause déjeuner. Pourquoi ? Ben c’est très simple, je n’en ai pas les moyens : je touche un salaire mensuel de 17.000 D.A, ma femme ne travaille pas et j’ai cinq enfants.

(17.000 DA / 30 jours) = Père + Mère + (5 x Enfants) = 7 personnes

Une équation très difficile à résoudre et son résultat est on ne peut plus dramatique : 80 D.A par personne/jour, soit 60 centimes d’euros. Donc, pour m’en sortir, il m’est quasiment impossible et mon quotidien ressemble à un enfer depuis belle lurette. Pendant le mois de Ramdane, les gens mangent plusieurs fois  par jour: El F’tour, Es S’hour ainsi que le grignotage en soirée. Moi, depuis toujours et durant toute l’année, je me contente d’un repas par jour. Et ma famille aussi, sur trois générations. A 1200 DA le kilo de viande hachée, en ramener chez moi au risque de me faire « hacher » la main, je préfère manger des Bourak à la pomme de terre. Alors, le Qalb Ellouz, je n’ai plus le « cœur » de le déguster : c’est plutôt un « cœur de fer » (Qalb Eh DID) qu’il me faudrait pour tenir. Les restaurants d’Er Rahma, c’est vraiment ce qu’il me faut, mais pas seulement pendant le mois de Ramdane mais plutôt l’année entière. Mais je n’ai pas le cran d’y aller : vous me voyez aller au restaurant Er Rahma en compagnie de toute ma famille. Inconcevable. Même si je suis pauvre, je reste digne cependant : la dignité, c’est une chose qui ne s’achète pas avec quelques Bourak.

Enfin, je me console en me disant que la vie sur terre n’est qu’une épreuve qu’Allah le tout-puissant nous fait passer, et avec 45 ans de Ramdane à mon actif, je pense avoir gagné une place au paradis. Je souhaite un bon Ramdane à toutes les personnes qui liront cet écrit et à tous ces milliers (sûrement beaucoup plus)d’algériens qui vivent Ramdane tous les jours, je leurs dis : « Tenez bon, ou Rabi Mâakoume ». Signé : Zawali.

Amine  B.

31 août, 2009 à 5:45 | Commentaires (0) | Permalien


« Jeûne » en peux plus

03letempsdalgerieseptembre2008.jpgRamdane  approche à grand pas. Et cette année, ce mois sacré s’annonce sous le signe de l’endurance : un S’hour  aux environs de 4h30 pour un F’tour aux environs de 19h30, soit un jeûne de quasiment 15 heures. Ce n’est pas pour vous décourager, mais avec une température moyenne de 35° Celsius à l’ombre, Ramdane s’annonce vraiment très dur. S’ajoute aussi à la privation alimentaire, l’abstinence « aquatique » : Eh oui mesdames et messieurs, il vous faudra aussi s’abstenir de la mer. Ce Ramdane, celui qui se lèvera à 7h00 du matin, ira au boulot, fera son travail convenablement (s’il le fait déjà pendant les autres mois de l’année), rentrera le soir chez lui pour le F’tour normalement après avoir fait quelques courses, celui là, c’est ce que l’on appelle les « hommes » avec un « Z » majuscule SVP. C’est certain, ce Ramdane battra (Yeghleb) plus d’une personne. Personnellement,  juste en y pensant, je suis déjà exténué. J’hallucine même : mercredi dernier, j’ai même vu des femmes au stade 5 juillet !!! Cependant, pour accomplir leur jeûne, les algériens peuvent être divisés en deux catégories principales : tout d’abord, les vacanciers : ce qualificatif désigne les personnes qui programment leurs mois de congé pour Ramdane. Pour ces personnes, l’« Adhane » du « Maghrib » fera cette année office de réveil. En effet, ces personnes là vont se transformer en sorte de « vampires » vu qu’ils se réveilleront à l’heure du F’tour et resteront éveiller jusqu’au S’hour. Et ainsi de suite jusqu’au jour de l’Âid. La deuxième catégorie est celle des « Assassins du temps » : c’est le genre de personnes qui se lève le matin pour aller pointer au bureau, puis il disparaît toute la journée : et quand on le cherche, on nous répond souvent : « il est au bureau d’à côté » « il est juste sortie vite fait mais il va revenir dans quelques instants »…En tout cas, on ne les trouve jamais au travail car réellement, ces personnes n’y sont pas : Ils viennent juste en début et en fin de journée pour pointer. Et pendant les heures de travail, ils se déplacent un peu partout dans la ville pour faire des courses, et ce afin de « massacrer » le temps : Ils achètent  « EL L’ben » à Douéra,  « Ech Charbettes » à El Afroune, « Ez Zlabia » à Boufarik…En bref, tout est bon pour « tuer » le temps. Et ces « assassins du temps » saturent les routes de la capitale et les bouchons deviennent de plus en plus nombreux et les encombrements interminables.

De plus, pendant le mois de Ramdane, le comportement des algériens mute, et des fois, on dirait qu’ils sont tous schizophrènes : la journée, ils sont tous de très très mauvaise humeur, et ne ratent jamais l’occasion de l’imputer à ce mois sacré : « Ne m’énerve pas, Douk Yeghlebni Ramdane ». Des fois, des personnes sont « battues par Ramdane » dès les premières lueurs du jour. Et au fil des heures, cela va de mal en pis. Et La dernière de jeûne, c’est le moment où les Algériens se transforment en zombies : c’est la vraie folie, une sorte d’hystérie collective : pour un rien, des rixes éclatent un peu partout et les accidents de voitures atteignent leurs maximum (la dérivé de la fonction F[accidents de la route], F’ est égale à zéro et F’’, la dérivé seconde est négative).

Aussi, durant le mois de Ramdane, Alger devient une sorte de « macro-souk » ou plutôt une « métro-souk » et tout est bon pour se faire de l’argent : sur les trottoirs s’improvisent des marchands de tout et n’importe quoi : œufs, café, jus… et même les magasins font la même chose : il n’est pas anodin de trouver un mécanicien qui transforme son garage de mécanique en « pâtisserie » en vendant du Qelb Ellouze et de la Zlabiya ou bien un quincailler qui s’improvise boulanger en vendant du Khobz Matlouâ.  

Enfin, même s’il y a plusieurs côtés négatifs à lui imputer, le mois de Ramdane reste néanmoins un mois de convivialité : en effet, le soir, la famille se réunie autour d’un excellent repas de F’tour (chose qu’on fait que très rarement durant l’année) tout en regardant Hadj Lakhdar numéro « N », un sketch qui fait tout sauf rire mais qu’on regarde quand même avec plaisir ; Et les Sahrate entre amis ou en famille autour d’un Thé et un Qelb Ellouz ; Les parties de Domino, de coinche entre jeunes ; et surtout l’animation que connaît la capitale en ce mois sacré : c’est le seul mois de l’année où tous les magasins sont ouverts le soir, et où les gens en famille, ou entre amis, sortent pour égayer les rues de la Bahdja. Saha Ramdanekoum à vous tous.

Amine B.

17 août, 2009 à 2:24 | Commentaires (0) | Permalien


« Jeudi – Vendredi : Requiem for a week-end»

nmweek.jpg

C’est officiel. A compter de cette semaine, notre week-end passera du « outstanding » jeudi-vendredi au  vendredi-samedi, un week-end original certes, mais à moindre mesure par rapport à l’ancien, puisqu’appliqué depuis  quelques temps déjà par douze pays et qui sont : le Qatar, le Bahreïn, le Koweït, l’Irak, la Syrie, la Jordanie, l’Égypte, l’Algérie, le Soudan et la Libye, la Mauritanie, Israël et les Comores. Mis à part Israël, tous les pays qui appliquent ce week-end « Chwiya-universel » sont des pays arabes. Pourquoi ? Déjà, à travers les noms des jours en arabe, le week-end vendredi-Samedi se justifie amplement: « EL AHAD » (Dimanche) qui tire son origine du mot « Wahed » (Un), fait référence donc au premier jour de la semaine. « El Ithnayane »(Lundi) = Deux. Jusqu’au cinquième jour de la semaine (dernier jour du travail) « El Khamisse » (Jeudi) qui fait référence à « Khamsa » (cinq). Les deux derniers jours de la semaine, les jours non-œuvrés (i.e Week-end) sont donc « El Joumouâa » (vendredi) (« Le rassemblement » pour la prière) et  « Es Sabt » (samedi) qui tire son nom de Sabâa (sept), septième et dernier jour de la semaine.  En somme, ce week-end n’est en aucun cas une aberration, étant donné qu’il se justifie complètement. De plus, même si le week-end universel (Samedi-Dimanche) nous est plus avantageux en termes économiques, on n’est en aucun cas obligé de suivre ce week-end, vu que ce dernier n’est pas en adéquation avec notre culture et il est tout-à-fait compréhensible qu’un pays adopte un autre week-end que « l’universel ».

Cependant, depuis 1976, les algériens se sont habitués au week-end jeudi-vendredi et la majorité des jeunes d’aujourd’hui (dont moi) n’ont jamais connu une autre configuration du week-end. Bref, le jeudi depuis des décennies, est considéré comme une journée de sortie : les jeunes qui ont cours le matin, sortent l’après-midi pour aller au cinéma, dans les restaurants et les salons de thé, au bord de la mer…Les moins jeunes profitent de cette journée pour faire leurs courses, pour voir des ami(e)s et le soir en général, c’est sortie au resto, au salon de glaces, en concert ou tout simplement une balade en voiture, en famille. En grosso modo, le jeudi est une sorte de journée « sacrée » chez les algériens, « LA » journée des sorties. Le vendredi par contre, c’est une journée réservée aux hommes : en effet, quand on sort le matin, la probabilité de rencontrer une personne du sexe opposé, tend vers epsilon. Et les algériens s’y sont habitués : on programme les courses et le café pour la matinée. Après, c’est heure de prière entre 13h et 15h. Et après la prière vient le moment de faire la sieste. Et le soir, vers 18h, les hommes sortent pour s’entasser dans les rares cafés qui sont ouverts. Au final, dans l’ancien week-end, seul le premier jour du week-end, soit le jeudi, était dédié aux sorties.

Donc, au-delà des avantages économiques qui résulteraient de ce nouveau week-end, des questions d’ordre sociologique s’imposent : Quel impact aura ce nouveau week-end sur la vie des algériens ? Est-ce que le nouveau vendredi deviendra le jeudi d’antan ? Est-ce que les algériens garderont leurs habitudes du premier jour de week-end, sachant que ce dernier soit passé de jeudi à vendredi ? Pas sûr. En effet, cette question ne se poserait pas si le premier jour du week-end était un autre jour de la semaine, car le vendredi en Algérie, n’est pas un jour comme les autres : Il est réservée strictement aux hommes et dédiée au culte seulement. De plus, toutes les organismes étatiques et même les écoles et les universités seront fermés le vendredi alors qu’ils étaient tous ouverts les jeudis. Donc, avec ce nouveau week-end, l’ancien jeudi se transposera sur le vendredi et à coup sûr, le vendredi restera la vendredi qu’on connait aujourd’hui, c’est-à-dire une journée ennuyeuse entre mecs. Une journée soporifique dans laquelle il n’y a de place que pour le culte. Tout le reste : Nada.

Cependant, il nous restera le samedi pour sortir. Le problème qui se pose est le fait que c’est le deuxième jour du week-end, le « vrai » jour de repos de la semaine. Il en découle donc que la majorité des magasins seront fermés le samedi car beaucoup de personnes profitent du week-end pour se déplacer hors de leurs wilayas. Et qui dit « magasins  fermés » dit « ville morte » : en effet, vu que les commerces ne monteront leurs rideaux le samedi, il n’y aura pas lieu de sortir en ce jour.

Au final, on aura droit avec ce nouveau week-end, à une sorte de vendredi qui dure 48 heures, un congé forcé de deux jours. Un requiem pour l’ancien week-end. Un requiem pour le week-end.

Amine B.

17 août, 2009 à 2:20 | Commentaires (0) | Permalien


Divagations sous le soleil II

002.jpgMercredi 29 juillet. Il est 14H00. Le mercure est plus que jamais entêté et ne veut pas descendre d’un degré. Toujours ce brasier. On dirait même qu’il augmente. C’est l’enfer depuis plus d’une semaine à Alger. Et l’humidité ne rate pas l’occasion d’en rajouter une couche. Tous les jours, on se dit que c’est le dernier : « Demain, il fera bon » ou on pense que l’on va s’y habituer. Mais impossible de s’y adapter. La nostalgie de l’hiver commence à se faire ressentir : « Oh ! Combien vous nous manquez,  sublimes journées grises d’automne ».  

Et le soir, après une journée dans l’incinérateur, on renaît de ses cendres, tel un phœnix. Mais cet oiseau fabuleux n’est pas la description la plus approprié ; chauve-souris est plus adaptée : en effet, de par cette chaleur, les gens fuient la ville et ne commencent à sortir qu’aux dernières lueurs du crépuscule. On ne vit que la nuit. On dirait que nous sommes tous des enfants de la lune (maladie génétique de la peau connue sous le nom de Xeroderma pigmentosum). Et dès que cette dernière s’amène, effaçant les derniers rayons du soleil en étendant son ciel obscur telle une brosse ôtant les dernières traces de craies sur un tableau d’école, la fraîcheur s’installe et les gens inondent les rues : c’est une sorte de procession païenne, un paganisme lunaire. Les gens ne sont plus les même et changent complètement de comportement : on dirait même qu’ils sont tous « lunatiques ». On aime la nuit. On ne voudrait vivre que dans les ténèbres : la journée à l’ombre et le soir. Aux journées infernales, on préfère les nuits ténébreuses. Et on raterait pour rien au monde la sortie du soir : un cornet de glace, un diner au resto, tous les alibis sont bons pour sortir. Cependant, dommage que les commerces ferment tôt, vidant hâtivement les rues de la capitale : il ne reste que les jeunes (de sexe masculin) dehors à compter d’onze heures du soir car même les cafés populaires de quartier tirent leurs rideaux à cette heure-ci. Donc, faute de mieux, on retrouve ces jeunes dans leurs quartier et jusqu’à des heures très tardives, ils sont là en train de à jouer aux dominos, au jeu de dames, à la coinche … ou tout simplement en train de papoter en rêvant de jours meilleurs, entre autres moins chauds.

Mais hélas, il faut faire avec. Ne pas travailler n’est pas une alternative car il nous faudrait quasiment quatre mois de congé par an afin d’y remédier. Déjà, on dort mal et très peu. Et donc, le matin on se lève très difficilement et on est très fatigué. De plus, l’idée d’une journée bis repetita (de revivre la même journée qu’hier) nous anéantit encore plus. Mais c’est le prix à payer quand on veut vivre « à l’occidental », surtout quand c’est  « contre-nature », car nous sommes soumis au dictat climatique de notre Mère Terre. Mais nous avons fait un choix et on doit l’assumer. Donc, même si l’on est fatigué, que l’on ait mal dormis, que notre horloge biologique soit complètement déréglée, on n’a pas le choix : on doit se lever pour aller au boulot. Cependant, il existe une alternative : le congé. Mais de par ces journées de braise, il est inconcevable d’aller à la plage car le risque de brulure et d’insolation est très élevé. De plus, partir en vacances est devenu aujourd’hui trop onéreux, surtout en termes de qualité/prix. Enfin, et avec le mois de ramadhan qui approche à grand pas, on préfère réserver son mois de congé annuel à ce mois pieux. Il 21H00. Il est temps pour moi de vous quitter car, comme tout le monde à Alger, je ne raterai pour rien au monde mon rendez-vous quotidien chez le marchand de glace. En espérant que demain, il fera moins chaud…

Amine B.

31 juillet, 2009 à 20:33 | Commentaires (0) | Permalien


Divagations sous le soleil

dessinm.jpgMercredi 22 juillet. Il est Midi. Le mercure atteint des sommets. C’est la fournaise. 40° Celsius. Trop c’est trop. Je suis incapable d’écrire, de réfléchir, totalement impuissant face à mon écran. Il faut dire que je n’arrive pas à supporter la canicule. Je ne viens pas d’un pays froids, je suis d’ici et toute ma vie, je l’ai vécu en Algérie, mais ce brasier, je ne pourrai jamais m’y adapter. Je commence à voir flou et les lettres sur mon clavier se confondent : impossible d’écrire une phrase cohérente. La cohérence, c’est l’antithèse de la chaleur. Impossible d’être cohérent dans ce purgatoire. Une notion par définition incohérente. Un feu allumé, des visions d’apocalypse, l’enfer imagé. On ne vit plus mais on essaye de survivre à cette chaleur. Travailler devient plus que jamais un supplice. Dire que l’on ne soit pas influencé par le mercure, c’est mentir. Personne ne peut avoir le même rendement de par cette canicule. Plus rien n’a de l’importance, objectif : un coin d’ombre et une bouteille d’eau fraîche. La « clim » devient synonyme d’éden. Quoi de plus ? Un coin d’ombre, une bouteille d’eau fraîche, on n’a pas besoin d’autre chose. Même les habilles deviennent superflus : on voudrait sortir de sa peau. Cela paraît être une banalité, mais c’est loin d’être le cas.

En effet, quand les besoins primaires de l’humain peuvent se résumer en quelques mots, pourquoi alors l’homme chercherait-il à travailler ? Est-ce-que le fait de travailler rime à quelque chose ? N’est-ce pas une explication du sous-développement, ou peut-être que c’est dans ces conditions là que la notion de sous-développement en elle-même perd tout son sens. Pourquoi travailler dur quand ses besoins se limitent à un coin d’ombre et une bouteille d’eau fraîche ? Effectivement, cela n’a aucun sens. Afin de remédier à ses besoins dans ces conditions, il suffit d’installer une tente à proximité d’un point d’eau, autour de laquelle on plante quelques arbres fruitiers et le tour est joué. Toutes les autres choses sortent du contexte du besoin, pour devenir en réalité que des envies. Donc, pourquoi qualifie-t-on les hommes qui n’ont pas besoin de 4X4, de maison, de chauffage, de cuisines super-équipées… de sous-développés. Cet homme là ne ressent pas le besoin de ce « développement », car il peut se contenter de peu de choses. De plus, on n’a même pas faim et on peut se contenter de peu de nourriture de par cette chaleur. Donc, qualifier des hommes (ou des femmes bien sûr) de sous-développés est impropre : C’est juste des hommes qui ont des besoins différents (ou des modes de vie différents) de ceux qu’ils les qualifient de sous-développés. Le « sous-développement » n’est pas seulement un phénomène que l’on subie, mais il peut être aussi volontaire : ce n’est en aucun cas un signe d’infériorité, c’est « naturel » car c’est la mère Gaïa qui nous impose les conditions dans lesquelles on vit. Je ne veux pas être « cynique », mais à titre d’exemple, le philosophe grec Diogène de Sinope (fondateur de l’école philosophique cynique, l’un des mouvements philosophiques les plus importants de l’Hellénisme) qui vivait dans un climat méditerranéen, est arrivé à vivre toute sa vie dans une amphore, ne se nourrissant que d’oignons et ne s’habillant que d’un manteau en peau de mouton.

Simple observation : plus on va vers le nord (plus il fait froid), les hommes sont plus « développés » et plus on va vers le sud (plus il fait chaud), les hommes sont plus « sous-développés », exception faite des pays « sudistes » qui ont adoptés des modes de vie « nordistes » (très rare).  Même le terme « sud »  signifie « sous-développement » et quand on qualifie un pays de « sudiste », c’est pour dire qu’il est sous-développé. L’Amérique du nord est plus développée que l’Amérique latine. L’Europe est plus développée que l’Afrique. Même en Europe, les pays scandinaves sont plus développés que les pays du bassin méditerrané. Même dans un même pays, les gens du sud sont moins des développés que leurs concitoyens du nord [l’Italie du sud (Naples) et l’Italie du nord (Turin), la partie sud des Etats-Unis (la Louisiane) et la partie nord (New York)].C’est simple : le suédois doit « se bouger » (déjà pour se chauffer) et travailler dur pour survivre au climat glacial dans lequel il vit : il faut que sa maison soit bien chauffé, qu’il ait des habilles adéquats au climat, qu’il mange bien…

Au final, ces hommes dits « développés » qui possèdent toutes ces choses matérielles, sont-ils plus heureux des hommes qu’ils qualifient eux-mêmes de sous-développés ? Le suédois est-il plus heureux que le nigérian ? Très difficile à dire. Même si plusieurs chercheurs ont essayé de quantifier le bonheur, aucun indice ne peut être réellement représentatif. Certes, « Avoir » contribue beaucoup au bonheur, mais ce n’est pas suffisant de dire qu’il en est un synonyme.

Il est 20 heures. Le mercure est tombé. Je commence à retrouver mes esprits. Où  en suis-je arrivé ? Ah ! Le Bonheur et le niveau de vie. Il est temps de conclure. En bref, les personnes « développées » ne sont pas plus heureuses que celles dites « sous-développées ». Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur les taux de suicides de par le monde, pour en avoir une petite idée : ces taux sont très élevés dans les pays du nord, ces derniers détenant généralement le podium. Et comme le dit si bien Charles Aznavour : « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil ».

AMINE B.

26 juillet, 2009 à 17:52 | Commentaires (0) | Permalien


Je t’aime. Moi aussi, la Golf.

elpapicha.jpgBeaucoup de personnes me l’ont reproché : « Tu parles que de mecs dans tes chroniques » m’ont-ils dit. Messieurs, je suis tout à fait d’accord. Keyna Menha. Mais ce fait se justifie par trois facteurs principaux : En premier lieu, je suis un mec et c’est plus facile pour moi de parler de vous que du sexe opposé. En second lieu, mon côté gentleman qui fait que j’ai tendance à critiquer plus les mecs que les meufs et en dernier lieu, afin d’aider à ma manière à ce que la femme algérienne soit mieux considérée dans notre société, cette femme algérienne qui eut un rôle déterminant dans notre Histoire : EL Kahina, Tinhinane, Lala Fatma N’Soumer, Djamila Bouhired, Hassiba Ben Bouâli, et tant d’autres et qu’il faut remercier et respecter à juste titre. Cependant, aujourd’hui, j’ai décidé de vous faire plaisir, à vous les mecs. Après cette longue introduction, durant laquelle ma tronçonneuse a eut le temps de ce charger, place à la menuiserie (Tmenchire) : Cette semaine, c’est d’ « EL PAPICHA » dont il est question. Tout d’abord, « EL PAPICHA » survole le parterre. Sérieusement, quand vous regardez « EL PAPICHA » marcher, ne confirmez vous pas ces propos ? C’est certain, car « EL PAPICHA » a peur d’endommager le sol et c’est pour cela qu’elle touche le parterre avec cette incroyable délicatesse. En plus, « EL PAPICHA » se sent supérieure. En effet, « EL PAPICHA » qui a une très haute opinion d’elle-même, méprise les autres, surtout les hommes. Et quand un homme s’avance vers elle, pour lui demander quelque chose (par exemple, son chemin), « EL PAPICHA » ne daigne même pas le regarder et le mitraille d’onomatopées, du style : effff !!! ouf !!!ohohhhh !!!. Cependant, « EL PAPICHA » ne méprise pas les hommes véhiculés (à titre d’exemple, le Golfeur). Et oui, « EL PAPICHA » est accro au « Tahwasse » (se balader) et ne rate jamais l’occasion de le faire. Donc, si un homme envisage d’entrer dans la vie d’« EL PAPICHA », ce n’est pas inconcevable et il faut surtout qu’il possède un véhicule. De préférence, une Golf car « EL PAPICHA » adore cette voiture et le genre de mecs qui conduisent ce véhicule, à savoir « le Golfeur ». En plus, il faut que la voiture soit récente, qu’elle coûte plus de 3.000 Kilos Dinars, et qu’elle soit de préférence immatriculée double zéro (00). Mais cela ne suffit pas. Car « EL PAPICHA » adore surtout « La Ch’kara ». Une condition sine qua non pour qu’un homme puisse faire partie de sa vie : « EL PAPICHA » ne cherche pas un homme, mais plutôt sa Ch’kara. Ce n’est pas un mec qu’elle veut mais plutôt un chèque signé à blanc. Un mec qui puisse la prendre en voyage où elle le désire, lui acheter tous les bijoux et les vêtements qu’elle veut, lui organiser le mariage au Sheraton, la fasse habiter dans des quartiers comme Sidi Yahia… Pour « EL PAPICHA », c’est tout ce qui lui faut. Les qualités intellectuelles et physiques ne comptent pas pour elle et même si l’homme est bête comme un pied, qu’il soit moche comme un pou, qu’il soit polygame et qu’il soit déjà marié, tout cela qui compte pour elle, c’est la « Ch’kara ». Aujourd’hui, « EL PAPICHA » à quarante-cinq ans. Cela fait vingt ans qu’elle fut achetée par un « Bouch’kara » qui en  est à sa énième femme (sachant que N est compris entre 1 et 4). Elle est mère de quatre enfants et vit sa vie par procuration : elle ne sort quasiment jamais de chez elle car le « Bouch’kara » le lui interdit formellement. Et comme ce dernier n’a pas vraiment le temps de s’occuper d’elle, vu qu’il N femmes à entretenir en plus du fait qu’il a des affaires à faire tourner, « EL PAPICHA » se retrouve aujourd’hui emprisonner chez elle. Elle ne supporte plus cette vie et ne l’a jamais réellement supporté. Au bord de la dépression, des pensées sombres la hantent parfois, et le suicide, elle l’a même envisagé. Ses choix, ses idéaux et ses principes d’hier, elle les regrette amèrement. Divorcer, démarrer une nouvelle vie, elle l’envisage sérieusement. Mais avec quatre enfants, vingt années de mariage et sa beauté d’antan qu’elle a perdu, elle sait éperdument que ce n’est plus possible, que ce n’est même plus envisageable. Et les années à venir, elle les passera aussi emprisonner dans sa maison « luxueuse », à Sidi Yahia.

Amine B.


18 juillet, 2009 à 0:45 | Commentaires (0) | Permalien


12