Une vie « normale » à Alger

« EL QAHWA »

nmkahwa.jpgUn élément essentiel dans la vie de l’algérien(ne), une composante à part entière de son quotidien, un lieu indissociable de son bien-être, une entité constitutive de son existence : c’est bien sûr d’« El Qahwa » dont il s’agit. En algérois, le mot « El Qahwa » a plusieurs significations : il peut signifier la graine, ou bien la poudre issue de la graine moulue, ou encore la boisson préparée à base de cette poudre dont l’algérien(ne) ne peut se passer, ou encore le lieu où l’on déguste cette boisson « existentielle » ; sinon, « El Qahwa » peut exprimer un repas comme le petit déjeuner ou le goûter ou bien le fait de consommer quelque chose dans l’enceinte d’un café (le lieu bien sûr, vous vous imaginez consommer quelque chose dans une tasse de café !!). Nous allons essayer dans cette chronique d’analyser « El Qahwa » sous ses différentes facettes.

« El Qahwa » comme repas : dans la vie courante, quand on invite quelqu’un à boire un café ( « aya n’rouhou necherbou qahwa », « aya n’dirou fiha qhawi » et autres formulations qui existent), on n’est en aucun cas obligé de commander des cafés : En effet, après une invitation de ce type, on peut constater que ces personnes, en arrivant au café, peuvent commander autre chose qu’un café : il peuvent prendre un Coca, un Selecto, ou une tasse de thé. Un fait contradictoire par rapport à l’objet de l’invitation, mais c’est comme ça. Même les mots « Qahwa » et son équivalent en langue française (café), ont été « verbisés » (ont été transformés en verbes) et les verbes « Nes’qahwaw » et « Nes’tcafaw » sont souvent utilisés par les algérois. Parfois, on peut même entendre d’autres formulations de ces deux mots, sous forme de noms propres qui désignent l’action de boire son café : « S’tqahwadje » ou « S’tcaffadje ». En bref, toutes ces formulations sont fausses, et il serait plus juste de dire « on va boire quelque chose », ou en algérois « aya n’rouhou necherbou h’wayedje » (le mot « H’wayedje » dans ce contexte veut dire « trucs », à ne pas confondre avec le mot « habits » !!).

« El Qahwa » comme boisson : c’est de loin la boisson la plus consommée en Algérie. L’algérien ne peut se passer de café. Comme la signature d’un artiste sur son tableau, l’algérien naît en portant de l’affection pour cette boisson. Déjà, tôt le matin, les cafés de la capitale sont bondés et les algériens en général, commandent directement un café. Ensuite, ils en commandent un second « à emporter » qui les accompagne durant leur trajet au boulot : La personne qui a eu la présence d’esprit d’importer les « portes-gobelets pour voitures» doit être aujourd’hui multimilliardaire. Et à longueur de journée, les algériens enchaînent un café après l’autre et ce jusqu’à tard le soir. Toute occasion est la bienvenue pour prendre un café. Des fois, ce dernier sert d’alibi aux employés pour ne pas travailler et durant toute la journée, des pauses café  impromptues sont prises par les fonctionnaires. Aussi, tellement cette boisson tient une place cruciale dans la vie des algériens, on dit même à Alger que la personne qui prend son café accompagné d’une cigarette, est mieux qu’un sultan dans son palais (« Qahwa b’garrou khir mes’soultane fi darrou »). En bref, plus qu’une boisson, le café est pour l’algérien, une sorte de sérum physiologique, une molécule qui doit toujours être présente dans son sang. Plus qu’une drogue, le café est à l’algérien ce que l’eau est à l’homme. Cependant, sa consommation abusive est en grande partie responsable de la surexcitation qui caractérise les algériens, qui à un âge avancé, sont souvent hyper-tendus. Alors svp messieurs, allez-y mollo avec le café (je devrais faire de même, aussi !!).

« El Qahwa » comme lieu : « El Qahwa » comme lieu, désigne les cafés populaires d’une part, et les salons de thé d’autre part. En effet, il n’y a pas une grande différence entre ces deux endroits : le Salon de thé est un café populaire moins sale, où l’on paye son café dix fois plus cher et où a contrario du café populaire, on trouve des femmes. Donc, quand on parle d’« El Qahwa »  comme lieu, ce terme désigne ces deux endroits pour les hommes et seulement le salon de thé pour les femmes. Pour les algériens, « El Qahwa » est lieu très important. Déjà, en premier lieu, c’est l’endroit où l’on peut déguster sa boisson préférée. En second lieu, « El Qahwa » est un lieu de rencontre : toute la journée pour les chômeurs, et le soir pour les actifs. On se rencontre, on se parle, on « remplit les bouteilles », « on déchire les personnes », on discute de politique, de ses problèmes, de son boulot, de football…On se confie, et des fois, « El Qahwadji » fait même office de « psy ». En troisième lieu, « El Qahwa » est le loisir préféré des jeunes : un espace de jeux (les jeunes y jouent souvent des parties de domino ou de cartes) et aussi un lieu où l’on se réunit pour voir un match de football en groupe. En quatrième lieu, « El Qahwa » est un lieu de sortie et les jeunes couples en général n’ont guère le choix que de se ruer vers les salons de thé : pour être à l’aise et pour discuter en toute liberté avec sa bien-aimée, c’est le meilleur endroit qu’on trouve en Algérie. Enfin, « El Qahwa » (et plus précisément le salon de thé) est une sorte de fumoir pour les femmes : en effet, c’est le seul lieu en Algérie où l’on peut voir une femme fumer.

Vive la café et vive la « qahwacratie ».

Amine B.

31 août, 2009 à 5:46


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