Une vie « normale » à Alger

EL QAHWA II

-          Monsieur,  est-ce que vous avez eu des problèmes au niveau du poste ? me dit-il.

-          Non, ça s’est passé très bien,  « Kho », lui ai-je répondu  en me disant que c’était sympa de sa part de penser à mon bien.

-          Donc, ça c’est bien passé, c’est sûr, réplique le monsieur.

-          « El Hamdou Lah ya Kho », ça n’a duré que une trentaine de minutes.

-          Ou « Qahewti » (mon café) dans tout ça ? me lance-t-il.

« Qahewtou » ? me suis-je dit.  Alors, je lui lance en toute naïveté :

-          Quoi ?

-          Qahewti kho. Ça c’est bien déroulé pour toi, non ? me dit-il.

-          Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, je n’arrive pas à comprendre ce que vous dites !!

Alors, ce monsieur, furieux, est parti.  Mais que voulait bien dire ce monsieur par  « mon café » ? Est-ce que ce monsieur possède un café et a des ennuis avec ce dernier ? Ou peut-être qu’il voulait boire un café et n’en avait pas les moyens ? Mais comment pouvais-je lui offrir un café au poste frontière ? A ma connaissance, il n’y a pas de cafés dans les parages ! Bref, c’était la première fois que j’entendais cette formulation du mot « Qahwa». Mais ce ne sera pas la dernière. En effet, quelques mois plus tard, en allant à la mairie retirer mon extrait de naissance N°12, la personne au guichet me dit qu’il faut attendre deux jours pour l’obtenir. « Deux jours ? C’est trop, monsieur, j’en ai besoin pour demain » lui ai-je dit. Il me répond : « C’est pas possible, monsieur, Hada Houwa El Qanoune ». Alors, un monsieur qui faisait la queue juste à derrière moi, me dit : « Rahou y Hawesse âla Quaehwtou (il  est à la recherche de son café), c’est tout ». Le soir même  après avoir pris place dans le café du quartier, je raconte au « Qahwadji », l’expert attitré en café, ces histoires en lui demandant ce que cela voulait bien dire. Il me répond alors : « mais t’es naïf toi ! Ils t’ont demandé des cafés, c’est normal Kho. C’est partout comme ça en Algérie, où que l’on aille, on nous demande des cafés : Tu veux obtenir ta carte grise rapidement, tu veux acquérir un appartement, un terrain, un crédit, ouvrir une société et plein d’autres choses, alors « El Qahwa » s’impose d’elle-même. C’est comme ça. Par exemple, me concernant, pour obtenir un crédit pour ouvrir mon café, j’ai dû payer pas moins de vingt briques en café. Aujourd’hui, « El Hamdou Lah », j’en vends, des cafés. T’as compris, Kho. « El Qahwa », c’est quelque chose de Normal. Où que tu ailles, tu es obligé de payer des cafés. En bref, tous les algériens sont des Qahwadjiya en herbe : des « graines » de «Qahwadjiya».  Depuis cette conversation, je suis passé à mon électricien auto et ce pour installer une machine à café dans ma voiture. Puisque tout ce fait via des cafés, il vaut mieux être équipé pour. De cadre, je suis devenu aujourd’hui une sorte de vendeur de café ambulant.  Je me demande même comment les concessionnaires n’ont pas encore songé à importer des voitures équipées de série de machines à café. Enfin, une chose me trotte encore dans la tête : puisque toute chose ne se concrétise que via des cafés, pourquoi utilise-t-on encore la monnaie, les chèques et essayons-nous de moderniser le système bancaire ? Au contraire, il vaut mieux revenir au troc avec comme unité de mesure de base, la tasse de café. Ainsi, on pourra mettre fin à ce capitalisme sauvage qui dirige le monde, où c’est les grands magnas de la finance qui tirent les ficelles. Cependant,  gare aux lobbies du café !!!!! Vive « El Qahwa » et vive la « Qahwacratie ».

Amine B.

13 septembre, 2009 à 23:03


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