Une vie « normale » à Alger

LES SIGNES DU « ZODIAC »

nmharraga.jpg

Je suis né sous le signe du BELIER, le premier jour d’un printemps froid des années quatre-vingt. Un jour annonçant des beaux jours de printemps, en tout cas, pas me concernant. En effet, mes jours allait être tout sauf printaniers. Bien au contraire, point de rayon de soleil pour illuminer mes jours, point de cette douce musique des chants des oiseaux, pour me réconforter pendant mes sombres semaines. Mais étant jeune, je n’ai jamais été défaitiste. Au contraire, je ressentais au fond de moi une énergie sans limites, une aura incommensurable, une force de TAUREAU. Mais au fur et à mesure, j’allais être achevé à coup de bâtons dans les roues et de rêves brisés, tel un taureau dans une arène de corrida, recevant les derniers coups de sabre du matador. Et à cette fougue de jeunesse allait rapidement se substituer une douleur profonde et croissante. J’ai mal. Des maux. GEMEAUX. Une affliction qui m’habite depuis des années déjà et qui allait anéantir petit à petit mes rêves les plus banals. Mais aussi alimenter mes rêves d’évasion. C’est normal quand  sa vie se limite à un travail routinier mal payé, sans le moindre loisir à côté. Et surtout quand on frôle la trentaine et que l’on n’a aucun projet pour l’avenir, aucune ligne directrice à suivre dans sa vie, une vie au jour le jour. Cette douleur atroce que je ressens, c’est comme un CANCER. Malin, qui métastase de jour en jour, n’épargnant aucun recoin de mon être. Mais un cancer « psychologique », car je suis encore jeune et en bonne santé. Peut-être suis-je dépressif, peut-être même schizophrène, je ne sais pas. Je n’ai jamais consulté de psy dans ma vie pour le savoir. Pourtant, cette douleur, je veux la crier, la rugir comme un LION. Les choses que je veux crier, elles sont nombreuses. D’habitude, pour me délester de ce fardeau, je prends un stylo et des feuilles de papier VIERGE, sur lesquelles je note des mots, mes maux. Des centaines, voir des milliers de feuilles que je jette au fur et à mesure qu’elles s’encombrent sur mon bureau. Pourvu qu’elles ne s’encombrent pas dans ma tête. Mais c’est fini. Aujourd’hui, je veux à tout prix me confier à quelqu’un. A Qui ? Consulter un psy au risque d’être pris pour un aliéné. A ma famille, ce n’est pas de coutume de le faire en Algérie, surtout quand on est un homme. Alors ma fiancée. Une réelle chimère pour le célibataire endurci que je suis. Reste les amis. Je n’en ai que très peu. De plus, pourquoi irai-je me confier à eux quand de leur côté, ils ne le font jamais ? Surtout au risque de voir mes secrets connus de tout le monde. A qui peut-on réellement faire confiance ? Qui est une BALANCE et qui ne l’est pas ? Nul ne peut le savoir, car au fait, on ne peut être trahi que par des amis, vu que l’on peut « difficilement » l’être par un ennemi. Des trahisons qui viennent s’ajouter aux déceptions et qui font encore plus mal. Car, des fois, on est trahi par les personnes auxquelles on fait le plus confiance. Et quand ça nous arrive, on reste pétrifié, comme atteint de paralysie suite à une piqure de SCORPION, après que le poison ait commencé à faire effet. Mais que peut-on attendre de cette vie, quand on est relégué au second rôle ? Dans ma vie, je suis un acteur passif qui ne fait que la subir. Une sorte de cible devant des archers, des SAGITTAIRES, arcs armés, n’attendant qu’un mouvement de ma part pour me tirer dessus. En lisant ces lignes, vous vous dites que je suis suicidaire. Bien au contraire, je suis encore optimiste. N’oubliez que je ne suis pas de nature défaitiste. Et aujourd’hui encore moins, car j’ai décidé de prendre mon avenir en main. De voir plus loin. Le plus loin possible vers le nord. Objectif : S’éloigner le plus du sud, loin de cet hémisphère Sud damné et de son tropique du CAPRICORNE. Distancer l’équateur et même le tropique du Cancer. Aller loin, très loin même. Voir d’autres cieux, d’autres personnes. M’évader, le seul espoir qui me reste. 150.000,00 D.A, tel est le prix de cet espoir, une place dans un zodiac qui doit quitter la rive demain à l’aube. C’est mon dernier soir ici. Je ne l’ai dis à personne, même pas à ma famille. Assis sur le VERSEAU de mon immeuble, je contemple les derniers rayons crépusculaires du soir qui s’estompent, laissant place au ciel noir de la nuit. Je réfléchis à demain. C’est risqué. Mais la météo s’annonce bonne. La mer sera calme. Du moins, je l’espère. Je ne me fais pas d’illusion : De l’autre côté de la mer, ce ne va pas être facile aussi. Mais avec un quotidien où jamais rien ne se passe, c’est le moment d’y remédier, de partir à l’aventure. Ça sera mon odyssée personnelle. Et puis, Ulysse l’a déjà fait. Et peut-être même qu’une douce Pénélope est en train de m’attendre, de l’autre côté. Après tout, moi aussi, je suis resté patient pendant plus d’un quart de siècle, plus qu’Ulysse même. Au risque de passer de Charybde en Scylla ou même de finir dans l’estomac d’un POISSON, juste pour éterniser cet ultime espoir, ce risque là, je suis prêt à le prendre, demain matin, à l’aube.

Amine B.

28 septembre, 2009 à 14:55


Laisser un commentaire